En lumière

Noël en guerre, les colis de Noël aux soldats de Rueil

Qui dit fin de l’année, dit fêtes de Noël et du Nouvel An, pour le plaisir des uns et des autres et tout particulièrement les enfants. Il y a 100 ans, les familles françaises fêtaient déjà Noël. Ce n'était plus seulement une fête religieuse mais surtout une fête familiale. La façon de fêter Noël dépendait évidemment des revenus des parents et des coutumes qui variaient selon les régions de France. L'équipe des Archives municipales de Rueil-Malmaison se penchent donc ce mois-ci sur les « colis de Noël aux soldats ».



Par Julie VAVON, archiviste


De quoi s'agit-il ? De l'envoi de colis de Noël de la part de la Mairie de Rueil-Malmaison à ses soldats et prisonniers en Allemagne durant la 2nde Guerre mondiale, puis ses soldats « appelés » servant lors des conflits d'après-guerre, en Afrique du Nord notamment. Les premières réflexions menées sur les conditions de détention des prisonniers de guerre ont lieu durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, où plus de 300 000 Français sont prisonniers en Allemagne. Plusieurs Comités de secours, dont un à Rueil, sont mis en place sur le territoire. Ils convoient et distribuent du matériel sanitaire, des médicaments, des vêtements et des chaussures aux prisonniers. Ces expériences aboutissent à la réglementation de La Haye de 1899 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. L’article 7 reprend le principe que les prisonniers puissent bénéficier d’une alimentation semblable à celle de la troupe. Élément central du futur développement du secours par colis alimentaire. Plus tard, les « Œuvres de guerre » (créées par la loi du 30 mai 1916 et le décret du 18 septembre 1916) créent réellement une administration des soins, des pensions et secours attribués aux militaires (prisonniers) et à leurs familles, mais aussi à l'envoi de colis.


Durant la Première Guerre mondiale

Au début de la Première Guerre mondiale, en août 1914, on avait dit aux soldats (qu'ils soient de France, d'Allemagne ou d'autres pays) : « Vous serez rentrés pour Noël ». Personne alors ne pensait que la guerre allait durer quatre longues années. Le 24 décembre 1914, à certains endroits du Front, des soldats français, allemands et écossais ont fait une trêve des combats, punie pour « fraternisation avec l'ennemi ».


Les Noëls suivants, dans les zones de combats, les soldats tentent de fêter les Noël comme ils le peuvent. Les fêtes de Noël sont souvent l'occasion pour recevoir des colis de leurs familles. Les colis contiennent des vêtements (chaussettes tricotées, gants et bonnets, ceintures de flanelle et souliers chauds) et de l'alimentation transportables, mais aussi des articles d'hygiène, des cigarettes, papier, tabac, livres, bougies, allumettes et petite monnaie ou des livres. Les colis sont essentiels des deux côtés. Pour les familles, l’absence prolongée des hommes qui mine la vie du foyer, est en partie palliée par ces paquets-poste. Et tout comme les lettres, les colis maintiennent le moral du soldat. L'arrivée des colis est pour eux un moment d'une grande importance à la fois synonyme de joie, de réconfort mais également de partage. Dès le début du conflit, l'envoi et la réception des lettres et des colis s'impose comme un enjeu de défense nationale. Le colis postal apparaît également comme un instrument de mobilisation au service de la guerre totale. Comme le souligne l’historienne Annette Becker, « écrire, recevoir du courrier, des colis, c’est rester en première ligne affective […], c’est continuer à appartenir à sa famille, son village, sa nation ». L'envoi de lettres du front est gratuit. C'est ce qu'on appelle la franchise militaire (FM). Fin 1918, un rapport militaire indique que 8 milliards d’objets de correspondance ont circulé en franchise en France. C'est durant la 1ère Guerre mondiale que se construit le socle de popularité de celui qui devient alors le plus aimé des fonctionnaires de France : le facteur.


Le colis de Noël est d'abord une initiative familiale et/ou caritative, mais avec la guerre qui se prolonge, ces initiatives privées sont rejointes par celles de l’État. A la fin de l’année 1914, 20 maires d'arrondissements de la capitale créent un comité d’action pour « le Noël et les étrennes de Paris aux soldats et aux prisonniers ». Leur action étant d’envoyer des colis de denrées non périssable et « des douceurs » de toutes sortes aux combattants du front.


Plusieurs communes de France se lance dans l'envoi à leurs soldats d'un colis de Noël. La population étant sensibilisée aux difficultés de vie des soldats, les moments « importants » comme Pâques, le 14 juillet, la fête de Noël deviennent des moments de solidarité de l’arrière. Les archives municipales n'attestent pas de ce phénomène à l'échelle de Rueil-Malmaison. Cependant, on sait qu'un Comité de Secours crée par la Mairie durant le conflit organise de nombreuses représentations de bienfaisances, des collectes de vêtements, vivres et argents au profit des soldats et déshérités rueillois.


Durant la Seconde Guerre mondiale

L'armistice du 22 juin 1940 condamne plus d'1,5 millions d'hommes à rester en captivité en Allemagne, en Oflag ou Kommando. L’article 20 stipule : « les membres des forces armées françaises qui sont prisonniers de guerre de l’armée allemande resteront prisonniers de guerre jusqu’à la conclusion de la paix ».  Ces prisonniers de guerre ont le droit de recevoir des colis de leur famille restée en France, à hauteur de 3 colis de 5kg par mois.


D'après les sources, les prisonniers de guerre organisent des célébrations de Noël dans leurs camps durant les cinq années de captivité. Ils assistent à la messe dans des locaux dédiés, aménagés en chapelle, réalisent des crèches, certains regardent ou participent à des spectacles de théâtre, de musique préparés depuis de longs mois. Le repas des prisonniers est amélioré par la mise en commun des colis que les familles envoient, colis spécialement préparés pour ces fêtes.


Comme pour le précédent conflit, aux envois des familles se joignent ceux des Œuvres de guerre qui s’organisent progressivement par ville ou par département.  L’objectif étant d’apporter au soldat prisonnier un complément calorique à son équilibre alimentaire. Souvent indigeste, la nourriture proposée est souvent composée de pain à base de pommes de terre voire de sciure de bois, de rutabagas, de soupe très claire... Cela participe à la genèse du « colis standard » et le recours de plus en plus généralisé à l’alimentation industrielle et en particulier à la boîte de conserve en fer. Le tout soigneusement emballé dans du papier kraft avec de la ficelle solide.


Le Comité d’Assistance aux prisonniers de guerre de Rueil-Malmaison est créé le 2 décembre 1940. Son but premier est la confection d'un colis par mois pour chaque soldat rueillois prisonnier en Allemagne. Il centralise toutes les données des soldats rueillois prisonniers. Les Archives municipales conservent ces listes, actualisées tous les mois. Les parents de prisonniers sont priés de se rendre à la Mairie (bureau militaire) afin de donner tous les renseignements sur chacun d'eux. Régulièrement, sont faits des appels à faire connaître les changements d'adresse des prisonniers. Grâce à ces listes, on peut voir l'évolution des effectifs : en février 1941 : 760 prisonniers déclarés ; en janvier 1943, 751 prisonniers ; en février 1944, 730 prisonniers.


1_4h37.jpg - <p class="description">4H 37, Affiche annonçant la création du Comité d’Assistance aux prisonniers de guerre de Rueil-Malmaison, 2 décembre 1940</p>

4H 37, Affiche annonçant la création du Comité d’Assistance aux prisonniers de guerre de Rueil-Malmaison, 2 décembre 1940

2_4h37.jpg - <p class="description">4H 37,Affiche « Pour votre prisonnier »  (appel aux renseignements), 30 décembre 1941</p>

4H 37,Affiche « Pour votre prisonnier » (appel aux renseignements), 30 décembre 1941


3_4h38.jpg - <p class="description">4H38, Fiche de renseignements du prisonnier LEVEQUE, dressé par le Comité, 3 juin 1944</p>

4H38, Fiche de renseignements du prisonnier LEVEQUE, dressé par le Comité, 3 juin 1944


 

 

 


Le Comité envoie plusieurs colis par an, dont un pour les fêtes de Noël. Les premiers colis de Noël partent le 6 décembre 1940. Seuls sont concernés les prisonniers orphelins ou dont les familles sont nécessiteuses. Dès l'année suivante, chaque prisonnier a le droit à un colis. On dénombre au total 3000 colis en 1941, 7325 en 1942. A Noël 1942, ce ne sont pas moins de 715 colis envoyés. Les familles le remplissent avec ce qu'ils peuvent/veulent puis le Comité y ajoute des denrées qu'il aura pu se procurer : sucre, confiture, chocolat, pâté, conserves. Les colis sont accompagnés d'accusé de réception, que les prisonniers renvoient à la Mairie. Certains sont  des accusés types, d'autres décrivent avec exactitude les produits reçus.


4_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : Affiche « Assistance aux prisonniers de guerre », sans date</p>

4H37 : Affiche « Assistance aux prisonniers de guerre », sans date

5_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : Courrier de M. Le Maire adressé au Délégué départemental-Assistance aux Prisonniers de guerre de  Seine-et-Oise, M. Le Général Andlauer, 14 février 1941</p>

4H37 : Courrier de M. Le Maire adressé au Délégué départemental-Assistance aux Prisonniers de guerre de Seine-et-Oise, M. Le Général Andlauer, 14 février 1941


6_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : Affiche « Colis gratuit de Noël 1942», sans date</p>

4H37 : Affiche « Colis gratuit de Noël 1942», sans date

7_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : Liste de la composition des colis de Noël 1942</p>

4H37 : Liste de la composition des colis de Noël 1942


8_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : État des expéditions, novembre 1941</p>

4H37 : État des expéditions, novembre 1941

9_4h38.jpg - <p class="description">4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat Robert GODBILLE (33127 IIIB, Stalag IV-E), 6 mai 1941</p>

4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat Robert GODBILLE (33127 IIIB, Stalag IV-E), 6 mai 1941


9_4h38_2.jpg - <p class="description">4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat Robert GODBILLE (33127 IIIB, Stalag IV-E), 6 mai 1941</p>

4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat Robert GODBILLE (33127 IIIB, Stalag IV-E), 6 mai 1941


10_4h38.jpg - <p class="description">4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat André DAVID (33606, Stalag IX-A), 6 mai 1941</p>

4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat André DAVID (33606, Stalag IX-A), 6 mai 1941

10_4h38_2.jpg - <p class="description">4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat André DAVID (33606, Stalag IX-A), 6 mai 1941</p>

4H38 : Accusé de réception du colis de Noël du soldat André DAVID (33606, Stalag IX-A), 6 mai 1941


 

 

 


Une notice de bons procédés « pour les colis postaux aux prisonniers de guerre » nous renseigne sur les objets dont l'envoi est autorisé (linge de corps, chaussures, denrées alimentaires, tabac à fumer, à chiquer, cigares, cigarettes, pipes à tabac, gomme à mâcher, articles de toilettes, jeux de société, jeux de cartes, livres à caractères récréatifs, médicaments solides) et les objets dont l'envoi est interdit.


Cette notice indique également que seul doit être écrit le numéro du prisonniers et l'indication du camp (oflag, stalag suivi d'un chiffre romain et d'une lettre majuscule et le nom du pays de destination, « Deutschland »). L'emballage du colis doit être résistant en raison des manipulations qu'auront à subir les envois. Enfin, il est signalé que le contenu du colis sera contrôlé par les services allemands.


11_4h38.jpg - <p class="description">4H38 : Notice de bons procédés « pour les colis postaux aux prisonniers de guerre », s.d.</p>

4H38 : Notice de bons procédés « pour les colis postaux aux prisonniers de guerre », s.d.

11_4h38_2.jpg - <p class="description">4H38 : Notice de bons procédés « pour les colis postaux aux prisonniers de guerre », s.d.</p>

4H38 : Notice de bons procédés « pour les colis postaux aux prisonniers de guerre », s.d.


 

 

 


Le Secours National est un organisme de charité mis en place par le régime de Vichy avec pour objectif d'aider la vie des français pendant l'Occupation. A Rueil, ce dernier fournit des  vêtements, de la nourriture, règle les notes de charbon, de loyers, rembourse les frais médicaux des plus démunis. Les prisonniers ne sont pas oubliés : plusieurs galas de bienfaisance sont organisés afin de faire un appel aux dons. Les plus marquants sont ceux du 19 mars 1941 (organisée au cinéma Select), ou bien celui du 15 octobre 1941.


12_4h37_1.jpg - <p class="description">4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941</p>

4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941

12_4h37_2.jpg - <p class="description">4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941</p>

4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941


12_4h37_3.jpg - <p class="description">4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941</p>

4H37 : Programme du Gala « au profit des prisonniers de guerre », 15 octobre 1941


 

 

 


En décembre 1940, le Maréchal Pétain lance le « Secours National d'Hiver » (ou Entraide d'Hiver). Dans la commune, un repas gratuit est proposé, le 25 décembre à 12h, à tous les habitants de Rueil-Malmaison inscrits au Bureau de Bienfaisance (familles nombreuses, pères prisonniers, malades ou chômeurs). Ces repas sont distribués à l’école Gallieni, l’école Tuck Stell et à l’école Jules Ferry. Un communiqué nous indique un appel aux dons en couvertures, chaussures, linges, sous-vêtements, chandails et chaussettes pour les prisonniers de guerre.


13_3h47.jpg - <p class="description">3H47 : Communiqué « Appel du Maréchal Pétain, Pour le secours d'Hiver », novembre 1940</p>

3H47 : Communiqué « Appel du Maréchal Pétain, Pour le secours d'Hiver », novembre 1940

14_3h47.jpg - <p class="description">3H47 : Liste des familles ayant droit au repas de Noël du 25 décembre 1940, 1940</p>

3H47 : Liste des familles ayant droit au repas de Noël du 25 décembre 1940, 1940


 

 

 


Les colis de Noël persistent après la Libération du pays à l'été 1944. En effet, il y a encore de nombreux absents : prisonniers de guerre, déportés, requis, déplacés et réfugiés. C'est surtout après la capitulation allemande que les retours affluents. Deux millions de Français – 5 % de la population française – sont rapatriés en l’espace de quatre mois, au printemps 1945. L’administration locale doit faire face à ces rapatriements, dans des conditions très particulières, du fait de l’ampleur des destructions, du nombre des sinistrés et des réfugiés, de l’urgence à reloger la population…


Courant octobre 1944, le Comité d’Assistance aux prisonniers de guerre est remplacé par le « Comité de Parrainage du Combattant ». On s’appuie sur les structures mises en place sous l'occupation, car, comme on le disait, les prisonniers de guerre et leurs familles font l’objet d’attentions très particulières de la part de Vichy. A Rueil, le comité organise des collectes à domicile. Le maire-adjoint, René Tanguy en appelle aux dons de vêtements, de laine, de vivres, d'argent et aussi de peaux de lapins, destinés à être envoyer aux combattants rueillois, sous forme de colis qui leur seront portés chaque fin de mois.


« Il fait un pressant appel à la générosité publique pour que ceux qui peuvent donner le fasse sans compter. Il faut penser aux soldats qui souffrent cruellement du froid dans la lutte qu'ils mènent contre l’Allemand et qui aura pour résultat la libération du pays ». Est lancé pour le mois de janvier 1945, le « Colis du combattant du Jour de l'An », (et non Noël) : « Non, la guerre n'est pas finie, et pour en hâter la fin, des milliers de jeunes gens se sont enrôlés spontanément, certains après avoir combattu pendant l’insurrection libératrice, cela ne l'oublions pas. Nous avons le devoir de témoigner notre reconnaissance à ceux qui donnent la mesure du courage français pour le redressement du pays. Vous qui restez dans votre foyer. Donnez à votre tour de quoi leur confectionner un colis à l'occasion du jour de l'an ».


15_4h37.jpg - <p class="description">4H37 : Communiqué à la population « Collecte à domicile », signé par le Maire-adjoint, René Tanguy, sans date</p>

4H37 : Communiqué à la population « Collecte à domicile », signé par le Maire-adjoint, René Tanguy, sans date

16_4h38_1.jpg - <p class="description">4H38 : Communiqué du Comité de Parrainage du Combattant, s.d.</p>

4H38 : Communiqué du Comité de Parrainage du Combattant, s.d.


16_4h38_2.jpg - <p class="description">4H38 : Communiqué du Comité de Parrainage du Combattant, s.d.</p>

4H38 : Communiqué du Comité de Parrainage du Combattant, s.d.

17_4h38.jpg - <p class="description">4H38 : Affiche « Colis du combattant pour le Jour de l'An », 20 décembre 1944</p>

4H38 : Affiche « Colis du combattant pour le Jour de l'An », 20 décembre 1944


 

 

 


Durant les guerres de décolonisation

Enfin, c'est durant les « guerres d'indépendances », des années 1950-1960 que le Colis de Noël réapparaît au sein de la Municipalité, durant la guerre d'Algérie (1954-1962) notamment. Il s'agit tout d'abord d'une action privée. Œuvrer « comme si chacune et chacun (…) disposaient des pouvoirs magiques du Père Noël » tel est le vœu de madame la Maréchale de Lattre de Tassigny en lançant en 1959 « l'Opération Noël », en faveur des « groupes de soldats dispersés sur des pitons rocailleux, des sans famille qui souffriront davantage de la solitude ce jour-là, des blessés et des petits orphelins ». Créée cinq ans plus tôt, sa fondation éponyme s’est donnée pour mission de soutenir tous les soldats, les victimes de guerre et leurs familles. Les Français sont alors appelés, dans la presse ou par la R.T.F., à soutenir cette action en adressant leurs dons ou en confectionnant eux-mêmes des colis de première nécessité, mais aussi des colis « récréatifs » (composés de postes de radio, de disques, de livres, de jeux de cartes et de fléchettes). L'accent est mis sur le fait de permettre de fêter Noël autour d’un bon repas.


Les municipalités emboîtent le pas et s'investissent pour le Noël des soldats. Le 6 juillet 1956, en Conseil municipal, est décidé l'envoi d'un colis de Noël en faveur des Rueillois sous les drapeaux. Seuls sont concernés les militaires qui séjournent en Afrique du Nord (AFN : Maroc, Tunisie, Algérie) soit en qualité de rappelés, soit qu'ils appartiennent aux contingents sous les drapeaux, car selon les mots de M. le Maire Pourtout, « ceux-là, malheureusement sont exposés ». Les premiers colis sont donc ceux de Noël 1956. Ces derniers sont reçus dès le mois de septembre. A partir de 1959, les soldats servant en Allemagne ont le droit également à un colis de Noël. 


18_1d30.jpg - <p class="description">1D30, CM du 6 juillet 1956, délibération « Envoi de colis aux militaires de l'Afrique du Nord », 1956</p>

1D30, CM du 6 juillet 1956, délibération « Envoi de colis aux militaires de l'Afrique du Nord », 1956


 

 

 


La difficulté est encore d’estimer le nombre de soldats de la commune présents en Afrique du Nord, et les recensés réels sont parfois bien en dessous des estimations. Tous les ans, la Mairie appelle à un recensement ; il suffit de fournir à la maire, au Bureau d'Aide Sociale les nom et prénom du militaire, grade, adresse militaire, adresse à Rueil avant son départ, classe de mobilisation, date d'appel ou de rappel en Afrique du Nord.


19_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Avis à la population, 5 décembre 1957</p>

2H48 : Avis à la population, 5 décembre 1957

20_rueil_infos.jpg - <p class="description">Rueil Infos numéro 1 nouvelle série, 1959, Avis important  « Colis de Noël aux jeunes rueillois en AFN et en Allemagne » (page 3)</p>

Rueil Infos numéro 1 nouvelle série, 1959, Avis important « Colis de Noël aux jeunes rueillois en AFN et en Allemagne » (page 3)


21_2h48_1.jpg - <p class="description">2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958</p>

2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958

21_2h48_2.jpg - <p class="description">2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958</p>

2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958


21_2h48_3.jpg - <p class="description">2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958</p>

2H48 : Liste des soldats bénéficiaires du Colis de Noël 1957, 10 janvier 1958


 

 

 


Chaque colis est accompagné d'une lettre, écrite de la main du Maire en 1956 : « je voudrais aussi que ce colis constitue pour vous le trait d'union entre la ville de Rueil-Malmaison et ceux de ses enfants qui ont été appelés à participer dans l'action de pacification poursuivie par le Gouvernement ». Ou en 1959 : « Noël est proche. Ce nom évoque immanquablement la fête familiale (...) Pour vous que les obligations militaires retiennent loin de votre foyer, cette fête de Noël se teintera certainement de mélancolie et vos pensées effaceront les distances pour revenir dans notre Cité. La Municipalité désire atténuer, autant qu'elle le peut, ce regret bien naturel en vous assurant qu'elle n'oublie pas les jeunes de RUEIL qui servent au loin sous le drapeau Français et elle a décidé de vous faire parvenir un colis en espérant que son contenu vous apportera un peu de joie »


22_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Courrier type de M. Le Maire avertissant de l'envoi de colis de Noël, 12 septembre 1956</p>

2H48 : Courrier type de M. Le Maire avertissant de l'envoi de colis de Noël, 12 septembre 1956

23_2h49.jpg - <p class="description">2H49 : Courrier type de M. Le Maire accompagnant l'envoi de colis de Noël, 16 décembre 1959</p>

2H49 : Courrier type de M. Le Maire accompagnant l'envoi de colis de Noël, 16 décembre 1959


 

 

 


Pour le Noël 1962, chacun des 90 colis de Noël offerts par la Municipalité est composé de foie d'oie truffé, une crème royal lunch, une crème sandwich truffé, une galantine de volaille truffée, un pâté de canard au vieil Armagnac, un pâté de canard aux olives, une rillettes d'oie, un pâté de foie de dinde au cognac, un pâté de lièvre au vieil Armagnac, un pâté porc et oie au porto, un pâté pur porc truffé, un pâté pur porc à l'Armagnac. Tous les ans, la Mairie fait appel aux Établissements « La Comtesse Dubarry » pour la confection et l’expédition de 100 à 150 colis par an.


24_2h49.jpg - <p class="description">2H49 : Brochure publicitaire des Établissements « La Comtesse Dubarry », 1959</p>

2H49 : Brochure publicitaire des Établissements « La Comtesse Dubarry », 1959

25_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Demande de devis auprès des Établissements « La Comtesse Dubarry »,  24 décembre 1957</p>

2H48 : Demande de devis auprès des Établissements « La Comtesse Dubarry », 24 décembre 1957


26_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Devis des Établissements « La Comtesse Dubarry », 27 décembre 1957</p>

2H48 : Devis des Établissements « La Comtesse Dubarry », 27 décembre 1957

27_2h49.jpg - <p class="description">2H49 : Composition des colis adressés aux soldats en Algérie et en Allemagne par la Maison Lacroix-Dubarry (Gimont, Gers), sans date</p>

2H49 : Composition des colis adressés aux soldats en Algérie et en Allemagne par la Maison Lacroix-Dubarry (Gimont, Gers), sans date


 

 

 


Les Archives communales de Rueil-Malmaison possèdent un très grand nombre des lettres de remerciements des soldats. Ces lettres et cartes postales confirment que cet envoi est pour eux une joie, un réconfort, un « encouragement » même. Les termes dans lesquels ces militaires expriment leur gratitude montrent combien ils apprécient le soutien moral que constitue pour eux le geste d'amitié que leur a fait leur ville natale. Nombreux sont ceux qui se déclarent très touchés de voir que les jeunes soldats ne sont pas oubliés. D'abord encouragés, les soldats sont vites perçus comme « exilés » loin de leur patrie. Il est permis de se demander si les réalités des combats sur le terrain sont bien connues des autorités rueilloises. Comme en témoigne l'article « A Nos Soldats » paru dans le Rueil Infos de janvier-mars 1961, rédigé par M. Blanchard, conseiller municipal:« Ces colis ont été reçus dans de bonnes conditions et accueillis avec beaucoup de joie dans les cantonnements. Tous nos jeunes amis bénéficiaires de nos envois nous ont écrit dans les mêmes termes pour nous accuser réception de ces cadeaux. Nous vous donnons ci-dessous quelques extraits de leurs lettres : "La dégustation de ce délicieuses friandises en compagnie de quelques camarades, nous a fait oublier un moment les circonstances actuelles et apprécier Noël dans la gaîté, un peu comme chez soi" ; "Le colis annoncé est très bien arrivé et contenu est splendide" ; "je vous suis reconnaissant du plaisir que vous m'avez fait et vous remercie du réconfort que m'a apporté votre attention" ».


28_rueil_infos.jpg - <p class="description">Rueil Infos numéro 5, janvier-mars 1961, article de M. Blanchard « A nos soldats » (page 8)</p>

Rueil Infos numéro 5, janvier-mars 1961, article de M. Blanchard « A nos soldats » (page 8)

29_2h48_1.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956


29_2h48_2.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956

29_2h51.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Christian DIDIER, 25 septembre 1956


30_2h48_1.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Claude LALOT, 27 septembre 1956</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Claude LALOT, 27 septembre 1956

30_2h48_2.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Claude LALOT, 27 septembre 1956</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Claude LALOT, 27 septembre 1956


31_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Michel MONCEAU, 2 octobre 1956</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Michel MONCEAU, 2 octobre 1956

32_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Daniel LEBLOND, 18 janvier 1958</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Daniel LEBLOND, 18 janvier 1958


33_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Georges TEDRON, 21 janvier 1958</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Georges TEDRON, 21 janvier 1958

34_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat WERNERT, 27 janvier 1958</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat WERNERT, 27 janvier 1958


35_2h48.jpg - <p class="description">2H48 : Lettre de remerciements du soldat Jean-Luc ROY, 26 décembre 1958</p>

2H48 : Lettre de remerciements du soldat Jean-Luc ROY, 26 décembre 1958

36_2h48_1.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du capitaine Antoine de POIX, 1959</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du capitaine Antoine de POIX, 1959


36_2h48_2.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du capitaine Antoine de POIX, 1959</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du capitaine Antoine de POIX, 1959

37_2h48_1.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Michel PIPART, s.d.</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Michel PIPART, s.d.


37_2h48_2.jpg - <p class="description">2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Michel PIPART, s.d.</p>

2H48 : Carte postale de remerciements du soldat Michel PIPART, s.d.

38_2h49.jpg - <p class="description">2H49 : Lettre de remerciements du soldat Michel POUILLOIM, 24 décembre 1960</p>

2H49 : Lettre de remerciements du soldat Michel POUILLOIM, 24 décembre 1960


39_2h49.jpg - <p class="description">2H49 : Enveloppe du courrier de remerciements du soldat Jean MOISSINAT, 27 décembre 1960</p>

2H49 : Enveloppe du courrier de remerciements du soldat Jean MOISSINAT, 27 décembre 1960

40_2h49_1.jpg - <p class="description">2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jacques GAUDIN, 29 décembre 1960</p>

2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jacques GAUDIN, 29 décembre 1960


40_2h49_2.jpg - <p class="description">2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jacques GAUDIN, 29 décembre 1960</p>

2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jacques GAUDIN, 29 décembre 1960

41_2h49_1.jpg - <p class="description">2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jean-Claude MEUNIER, 1er janvier 1961</p>

2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jean-Claude MEUNIER, 1er janvier 1961


41_2h49_2.jpg - <p class="description">2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jean-Claude MEUNIER, 1er janvier 1961</p>

2H49 : Carte postale de remerciements du soldat Jean-Claude MEUNIER, 1er janvier 1961

42_2h49_1.jpg - <p class="description">2H49 : Lettre de remerciements du soldat Pierre BIOVIR, 9 janvier 1961</p>

2H49 : Lettre de remerciements du soldat Pierre BIOVIR, 9 janvier 1961


42_2h49_2.jpg - <p class="description">2H49 : Lettre de remerciements du soldat Pierre BIOVIR, 9 janvier 1961</p>

2H49 : Lettre de remerciements du soldat Pierre BIOVIR, 9 janvier 1961


 

 

 


Au sein de chaque colis, il est bien stipulé que le Maire attend de savoir si celui-ci est bien arrivé. Cela nous indique donc que toutes ces lettres de remerciements ne sont pas « volontaires » par nature. A partir de 1961, les soldats n'ont qu'à renvoyer un avis de réception pré-rempli afin d'accuser de la bonne réception de leur colis. Les derniers colis envoyés pour Noël sont ceux de 1961. En effet, cette entreprise municipale cesse à la fin des combats en Algérie, à la suite des accords d'Evian signés le 18 mars 1962.


44_2h51.jpg - <p class="description">2H51 : Accusé de réception numéro 89 du soldat Louis Jeanneret, reçue le 8 janvier 1962</p>

2H51 : Accusé de réception numéro 89 du soldat Louis Jeanneret, reçue le 8 janvier 1962


 

 

 


Conclusion

Aujourd'hui, la France n'est plus en guerre comme elle l'était par le passé. Mais la confection des colis de Noël destinés aux militaires en opérations extérieures est une des actions que mène l’association Solidarité Défense depuis sa création en 1994. Chaque année, de nombreux bénévoles et collégiens franciliens, se retrouvent pour confectionner plus de 10 000 paquets envoyés partout dans le monde où l’armée française est engagée. Les colis contiennent les vœux du président de la République, un cadeau, des confiseries et des dessins d’enfants de classes primaires de toutes les écoles de France.


L’action sociale en faveur des plus démunis se poursuit toujours, par le biais notamment des Centres communaux d’Action sociale. Aussi, la ville de Rueil-Malmaison, comme plusieurs autres communes, offre à tous les anciens de plus de 65 ans le traditionnel repas de Noël (remplacé cette année par des colis gourmands).


Pour aller plus loin

  • Jean-Jacques BECKER, Les Français dans la Grande Guerre, Paris, Robert Laffont, 1980
  • Annette BECKER, Oubliés de la Grande Guerre. L’humanitaire et culture de guerre, 1914-1918 : population, Paris, Hachette Pluriel Référence, 2012
  • Philippe BUTTON, La joie douloureuse – la libération de la France, Bruxelles, Éditions Complexe, 2004
  • François COCHET, Les Exclus de la victoire. Histoire des prisonniers de guerre, déportés et STO (1945-1985), Paris, SPM, 1992
  • François COCHET, Soldats sans armes. La captivité de guerre : une approche culturelle, Bruxelles, Bruylant, 1998
  • Yves DURAND, « Le retour des prisonniers de guerre en 1945 » dans Les Chemins de la Mémoire n° 151 - juin 2005
  • Sébastien FARRE, Colis de guerre : Secours alimentaire et organisations humanitaires (1914-1947), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014
  • Jean-Charles JAUFFRET, Soldats en Algérie 1954-1962, Paris, Autrement, 2004
  • Jean-François SAINT-BASTIEN, Lettres et colis pendant la Grande Guerre - Organisation postale et enjeux, Paris, Éditions Sutton, 2018
  • Ben SHEPARD, Le long retour 1945-1952. L’histoire tragique des « déplacés » de l’après-guerre, Paris, Albin Michel, 2014


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