En lumière

Le recensement militaire, partie 2 : la France occupée (1940-1945)

En France, la période de l'entre-deux guerres est très instable, entre crise économique et vie politique tendue. C'est aussi le cas pour la ville de Rueil-Malmaison (cf. article Mai 1936 à Rueil-Malmaison). La guerre est menaçante, le gouvernement français est particulièrement sensible au danger représenté par l'Allemagne hitlérienne et il accorde une priorité absolue au réarmement. Il considère l'accord de Munich comme un simple répit qui doit permettre à la France de se préparer à une guerre inévitable. De fait, au début de 1939, il témoigne d'une grande fermeté face aux ambitions territoriales de l'Allemagne et de l'Italie. Cette dernière revendiquant des territoires français ou administrés de la France (la Corse, Nice, la Savoie, Djibouti, la Tunisie). L'entrée en Pologne des troupes allemandes le 1er septembre 1939 entraîne, le 3 septembre, la déclaration de guerre à l'Allemagne de la Grande Bretagne puis de la France.



Mais de septembre 1939 à mai 1940, c'est la « drôle de guerre », la guerre sans combats. Tandis que la Pologne puis la Hollande sont écrasées en quelques semaines. Les Français se retranchent derrière les fortifications de la « ligne Maginot ». Le gros des forces allemandes passe la Meuse et fonce vers Sedan et les Ardennes. Le 28 mai, les Belges capitulent tandis que jusqu’au 3 juin, 200 000 soldats britanniques et 130 000 Français ré embarquent à Dunkerque pour l'Angleterre sous le feu de l'aviation allemande. En France, le désarroi est total. A partir du 5 juin, les Allemands lancent une nouvelle offensive vers l'Ouest et le Sud, chassant devant eux, une horde de réfugiés. Aussi, le gouvernement français est-il contraint de se réfugier à Tours, puis à Bordeaux. Le 22 juin, à Retondes, la France signe l'armistice. Le 10 juillet 1940, le traumatisme de la défaite conduit l'Assemblée Nationale à attribuer les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Sous le nom de Révolution Nationale, le gouvernement installé à Vichy met alors en place une dictature corporative, cléricale et élitiste qui dérive vers un État policier persécutant les Juifs, les démocrates et les hommes de gauche. Les Français subissent le poids de l’occupation allemande qui se manifeste par l’oppression politique, le pillage économique, la répression et la persécution raciale. Le gouvernement de Vichy choisi de collaborer avec l'Allemagne.


A l’échelle locale, Rueil-Malmaison est occupée par les allemands en juin 1940 (les services communaux partent en exode à Argenton-sur-Creuse, 600 rueillois migrent eux aussi vers le Sud de la France). M. Pourtout est nommé maire de la ville par le préfet, en remplacement d’Édouard Boulanger, destitué comme tous les maires communistes de France.

 

Revenons à notre sujet initial : le recensement militaire. La France étant défaite puis occupée par l'Allemagne Nazie, elle est ainsi dépossédée de son armée.  L’armistice du 22 juin impose des clauses draconiennes : l'armée française est réduite à 100 000 hommes et les soldats qui ont déposé les armes sont considérés comme prisonniers jusqu'à la conclusion de la paix, toute fabrication de matériel de guerre est interdite et le matériel existant est livré à l'Allemagne. La France est ainsi totalement démilitarisée. Ainsi, le service militaire cesse. Cependant, les recensements dans les communes perdurent durant cette période.


RECENSER POUR LES BESOINS DE LA DEFENSE PASSIVE

Rueil-Malmaison passe en temps de guerre. Les Mairies reprennent leur rôle de recensement de leur population, et il s’agit tout d'abord de recenser toute main-d’œuvre/ressources utiles pour l’organisation de la Défense Passive. Bien souvent écartée des programmes scolaires et des manuels d’histoire, la Défense Passive a joué un grand rôle dans la protection des civils. Ce terme est exclusivement lié à la Seconde Guerre mondiale.


La mise en place

 

Cette notion de « Défense passive » est née par la loi du 9 avril 1935, mais ce n’est qu’à la veille du conflit, en 1938, que cette dénomination est enfin véritablement employée.  Dans toutes les communes de France de plus de 2000 habitants, une brigade doit être constituée afin d’assurer la protection des populations en temps de guerre et annoncer un certain nombre de mesures en cas de bombardements. Il s'agit aussi de la mise en place d’un réseau de surveillance et d’alerte (sirène), de la construction d’abris souterrains et recensement de lieux pouvant servir d’abris.  Les membres de la Défense Passive étaient clairement identifiés de la population et les archives de Rueil-Malmaison gardent très bien la trace de l’organisation de ce service de protection. Deux équipes coexistent : celle de la « sécurité générale » chargée de la prise en charge des blessés en coopération du corps des sapeurs-pompiers, et celle du « déblaiement » chargée de l’enlèvement des décombres.

 

Le décret du 5 janvier 1939 pris en application de l’article 19 de la loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation générale de la Nation pour le temps de guerre est appliqué. Ce décret précise que toute personne ne peut s’engager « dès le temps de paix » dès lors qu’elle n’est pas soumise à des obligations militaires, et n’exerce pas une profession dont le maintien est jugé utile à la mobilisation. Cet engagement à titre civil et volontaire concerne alors les français et françaises (les femmes mariées doivent avoir le consentement du mari), même mineurs (avec le consentement de leur mère, père ou tuteur).


01_4.jpg - <p class="description">2H26 : dispositions générales de la défense passive de Rueil-Malmaison, s.d.</p>

2H26 : dispositions générales de la défense passive de Rueil-Malmaison, s.d.


 

 

 


La Mairie de Rueil-Malmaison se hâte ainsi de dresser une liste de tous les Rueillois de sexe masculin étant âgés de plus de 18 ans et qui sont dégagés de toute obligation militaire tout en étant « valides ». Sur cette liste de recensement figurent les noms, prénoms, âges, adresses, professions et situations de famille des recensés. De plus, les requis doivent être « utilisés » en commençant par les plus jeunes et prenant compte de leur profession, facultés et aptitudes. Pour se faire, les maires du département se basent sur la liste électorale, mais aussi la liste nominative des habitants qui est établie lors du dénombrement de la population. Le Maire de Rueil-Malmaison demande également à toutes les industries, usines sur son territoire la liste des jeunes gens rueillois y travaillant, notamment de 18 à 20 ans.


02_3.jpg - <p class="description">2H26 : Courrier de l'Usine à Gaz & secteurs électriques de Rueil&Extensions – Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage à M. Le Maire de Rueil-Malmaison attestant que M. Vivier Maurice, 20 ans et demi, est employé au service de ladite société de manœuvre, 17 août 1938</p>

2H26 : Courrier de l'Usine à Gaz & secteurs électriques de Rueil&Extensions – Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage à M. Le Maire de Rueil-Malmaison attestant que M. Vivier Maurice, 20 ans et demi, est employé au service de ladite société de manœuvre, 17 août 1938


 

 

 


La nature des fonctions et emplois : quelques exemples 

 

Les listes du personnel de la Défense Passive rueilloise différencient les requis (R.), les engagés volontaires (EV), et les sapeurs-pompiers.


03_1.jpg - <p class="description">2H26 : liste du personnel de la Défense Passive, s.d.</p>

2H26 : liste du personnel de la Défense Passive, s.d.


 

 

 


Les fonctions de Défense Passive étaient les suivantes :

-Guet et alerte : guetteurs, gardiens d’immeubles

-Extinction : ouvriers gaziers et électriciens

-Incendie et déblaiement : officiers de pompiers, charpentiers, plombiers…

-Service « Z » : Pharmaciens, chimistes, aides garçons de laboratoire

-Détection et désinfection : détecteur et désinfecteur

-Service sanitaire : médecins, secouristes, infirmiers et infirmières, vétérinaires, chirurgiens…

-Transports : ingénieurs, mécaniciens, électriciens, conducteurs d’automobiles de tourisme, cars…

-Bureaux : Téléphoniste, sténodactylo, comptable

-Sapeurs-pompiers : sapeurs-pompiers auxiliaires

-Services techniques de la voie publique : ouvriers spécialisés, cantonniers, égoutiers

-Services des abattoirs, inspection des viandes et marchés : vétérinaires, employés

-Hygiène et assistance : agents de désinfection, employés des pompes funèbres, fossoyeurs

-Distribution d’eau : mécaniciens, fontainiers, ouvriers divers

-Usines à gaz : contremaîtres, surveillants de fours, chauffeurs…

 

Chaque groupe à son commandement (chef de secteur) et ses agents de liaison. Sur la liste des engagements volontaires pour février 1940, on note majoritairement des infirmières, brancardiers, médecins, secouristes, agents de liaisons. Les âges vont de 18 à 55 ans. Chaque personne possède sa carte de « défense passive ».


04.jpg - <p class="description">3h27 : acte d’engagement volontaire de la Défense Passive de Rueil-Malmaison de Madame GOLDBERG née DAZIN Jeanne en tant qu’infirmière, 8 octobre 1939</p>

3h27 : acte d’engagement volontaire de la Défense Passive de Rueil-Malmaison de Madame GOLDBERG née DAZIN Jeanne en tant qu’infirmière, 8 octobre 1939

05_1.jpg - <p class="description">3h27 : acte d’engagement volontaire de la Défense Passive de Rueil-Malmaison de Monsieur BOIS Joseph en tant que brancardier, 2 septembre 1939</p>

3h27 : acte d’engagement volontaire de la Défense Passive de Rueil-Malmaison de Monsieur BOIS Joseph en tant que brancardier, 2 septembre 1939


06a.jpg - <p class="description">3H27 : carte de la défense passive  de Joseph Bois, s.d.</p>

3H27 : carte de la défense passive de Joseph Bois, s.d.

06b.jpg - <p class="description">3H27 : carte de la défense passive  de Joseph Bois, s.d.</p>

3H27 : carte de la défense passive de Joseph Bois, s.d.


07_1.jpg - <p class="description">3H27 : attestation défense passive de Monsieur Joseph Bois, volontaire dans la Défense Passive, brancardier, 2 septembre 1939</p>

3H27 : attestation défense passive de Monsieur Joseph Bois, volontaire dans la Défense Passive, brancardier, 2 septembre 1939


 

 

 


RECENSER POUR LE SERVICE CIVIQUE RURAL

Le but

 

Le service civique rural, ou corporation paysanne, a été créé par le Maréchal Pétain, sous le Régime de Vichy, le 2 décembre 1940, afin de soutenir les paysans dans leurs récoltes puisque des centaines de milliers d’entre eux sont absents (prisonniers de guerre). Le but étant de recruter des jeunes en tant que main-d’œuvre afin d’assurer les récoltes servant à ravitailler le pays pour les mois d’hiver, en d’autres mots sauver les récoltes et éviter les pénuries. Se créée toute une propagande afin d'inciter les jeunes gens. Ces travaux agricoles sont ainsi désignés comme un « appel au patriotisme ».


08a.jpg - <p class="description">2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.</p>

2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.

08b.jpg - <p class="description">2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.</p>

2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.


08c.jpg - <p class="description">2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.</p>

2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.

08e.jpg - <p class="description">2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.</p>

2H26 : dépliant « Le service civique rural, par volontariat ou réquisition », s.d.


 

 

 


Avant 1941, l’appel était adressé aux étudiants et élèves des écoles avant qu’il ne soit élargi à tous les jeunes gens de « bonne volonté », et à d’autres catégories de populations comme les jeunes chômeurs, les jeunes ouvriers d’industries saisonnières ou même les jeunes employés dont l’activité durant les mois d’été et d’automne n’est pas indispensable « à la marche de l’entreprise ». Enfin, selon la loi du 31 décembre 1941, s'il n’y a pas assez de volontaires, tout individu peut alors être réquisitionné sur une période de trois mois.


09_3.jpg - <p class="description">2H26 : affiche – arrêté Service civique rural, Préfecture de Seine et Oise, 18 janvier 1942</p>

2H26 : affiche – arrêté Service civique rural, Préfecture de Seine et Oise, 18 janvier 1942


 

 

 


Les modalités de recensement

 

Le rôle de la Mairie de Rueil-Malmaison est encore ici de recenser ces jeunes gens, qui doivent avoir entre 17 et 21 ans, et être célibataires. Les fiches de recensement sont établies par les mairies des résidences des jeunes. Pour celui de Seine-et-Oise, le premier recensement se déroule entre le 5 février et le 5 mars 1942. Et si recensement il y a de la part des communes, on peut présumer qu'il n'y avait pas assez de volontaires partis spontanément.

 

Les modalités sont les suivantes : les jeunes sont amenés à remplir une fiche de recensement, la signer et éventuellement la présenter à leur employeur ou, pour les étudiants, au Directeur de l’Établissement d’enseignement puis les remettre à leur mairie qui, elle, note toute observation de nature à guider le choix du préfet. Quant aux cultivateurs, ils doivent faire parvenir, au préfet, par l’intermédiaire du maire, leurs besoins en main-d’œuvre.

 

Par les cahiers de recensement pour le service civique rural dont nous disposons aux Archives communales de Rueil-Malmaison nous pouvons faire état de 618 recensés pour 1941, puis 460 recensés en 1943. Sont consignés le nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse et situation de famille (célibataire ou marié).


10a.jpg - <p class="description">2H26 : fiche de recensement pour le Service civique rural vierge, s.d.</p>

2H26 : fiche de recensement pour le Service civique rural vierge, s.d.

10b.jpg - <p class="description">2H26 : fiche de recensement pour le Service civique rural vierge, s.d.</p>

2H26 : fiche de recensement pour le Service civique rural vierge, s.d.


11_2.jpg - <p class="description">2H26 : liste de recensement de la commune de Rueil-Malmaison pour le Service civique rural, recensement des jeunes de 17 à 21 ans, mars 1942</p>

2H26 : liste de recensement de la commune de Rueil-Malmaison pour le Service civique rural, recensement des jeunes de 17 à 21 ans, mars 1942


 

 

 


Le recensement pour le service civique rural concerne tout d'abord les jeunes hommes. Mais peu à peu, la Mairie dresse également une liste des femmes rueilloises (sans enfants à charge, de 18 à 50 ans). Leurs métiers sont divers : ouvrières, ménagères, couturières, secrétaires, commerçantes, employées de mairie, employées SNCF ou PTT, institutrices, teinturières, blanchisseuses, nourrices, coiffeuses, étudiantes.... Dans la colonne « observations », on note que les motifs d'exemption sont les suivants : si la femme est enceinte, si elle a un membre de la famille à charge, un mari ou père aveugle ou prisonnier, ou pour raison de santé/maladie/infirmité. Ensuite, ce sont les rueillois étrangers (hommes et femmes) que l'on recense, il s'agit de la 3è catégorie intitulée « étrangers de 16 à 60 ans ». On y retrouve notamment des italiens, des belges, mais aussi des péruviens, arméniens, polonais, espagnol, grecs, suisses, russes, hongrois, bulgares, tchécoslovaques, yougoslaves, danois, ukrainiens, luxembourgeois, portugais, finlandais.


12_4.jpg - <p class="description">2H26 : liste recensant la main d’œuvre au titre du service civique rural – 2è catégorie : femmes  toutes nationalités, sans enfants en charge âgées de 18 à 50 ans, s.d.</p>

2H26 : liste recensant la main d’œuvre au titre du service civique rural – 2è catégorie : femmes toutes nationalités, sans enfants en charge âgées de 18 à 50 ans, s.d.


 

 

 


Le dernier recensement pour le service civique rural a lieu le 31 mars 1944, on recense tous les jeunes rueillois nés de 1924 à 1928. 867 hommes y sont inscrits. Les jeunes passent devant une commission médicale après leur inscription.

 


Le fonctionnement

 

Le service dure, pour les volontaires, entre quatre et six semaines, trois mois pour les réquisitionnés. Seuls ont droit à une dérogation ou réduction de la période, les étudiants et certains ouvriers dont l’activité professionnelle est considérée comme indispensable. Le logement et la nourriture sont à la charge du fermier-employeur tandis que la rémunération est fixée par un arrêté préfectoral dans chaque département (12 francs selon l’article 6 de l’arrêté de la préfecture de Seine-et-Oise). Les volontaires chargés de famille bénéficieront d’un pécule, d’une prime de séparation de famille, des allocations familiales et ils ne peuvent pas perdre leur emploi car « il leur est garanti comme s’il s’agissait d’une période militaire » Les besoins en main-d’œuvre sont centralisés par la Mission de Restauration Paysanne qui répartit les équipes, selon les besoins, même si les volontaires peuvent exprimer leur préférence.

 

Le gouvernement propose des « récompenses positives » pour inciter les jeunes à devenir volontaire. Par exemple, la propagande vichyste expose le fait que les journées de travail se feront « à l’air pur » et que les jeunes auront accès à une « nourriture substantielle ». Les volontaires sont autorisés à rapporter en ville : pour 15 jours de travail, 25 kilos de pomme de terre et pour un mois et plus, 50 kilos.

 

Aucun jeune ne peut en théorie  s’y soustraire car cela est passible de peines, selon l’article 31 de la loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation de la nation en temps de guerre. Les peines vont alors de 6 jours à 5 ans de prison. Cependant, nous retrouvons des critères pour être dispensé de ce recensement. En voici quelques exemples :

-        Les jeunes qui accomplissent déjà des obligations militaires

-        Ceux, qui, à la date du 31 janvier 1942 sont inscrits/présents à un chantier ou un centre de jeunesse

-        Les jeunes gens qui sont titulaires de la carte professionnelle agricole, forestière ou d’artisanat rural


RECENSER POUR LE STO

Le Service du Travail Obligatoire : loi du 16 février 1943

 

Un nouveau recensement municipal est mis en place par la loi du 16 février 1943 (signée par le Premier ministre Pierre Laval) : il s'agit de recenser tous les jeunes français dans le but de les soumettre au Service du Travail Obligatoire (STO) sur une durée de deux ans. Cette loi impose le recensement de tous les jeunes gens nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922. Cette loi est mise en place à la suite de l’échec de la politique de volontariat et de la « relève » instaurée par une grande campagne de propagande afin de partir travailler volontaire dans l’industrie et l’agriculture allemande avec pour compensation, une rémunération plus ou moins importante (pour trois ouvriers français partant en Allemagne, un prisonnier pourra rentrer en France).

 

L’Allemagne nazie occupe une bonne partie de l'Europe et met en place une exploitation économique puis humaine des territoires conquis qui prend d'abord la forme d'un pillage pur et simple. C'est ainsi que l'Allemagne fait du Watherland son grenier à blé, tandis qu’il dévalise les matières premières, et les stocks de vivres de la Russie. A l'Ouest, ce pillage consiste à la spoliation des biens des juifs et au paiement, par les pays vaincus des frais d'entretiens des troupes d'occupation. L'Allemagne prélève à la France une exorbitante indemnité de guerre : 400 millions de francs par jours. De la même manière, les allemands prélèvent à la France entre 12 et 17% de la production agricole française qui est envoyée en Allemagne (céréales, viande, produits laitiers), charbons, électricité, minerais et produits industriels. Le bâtiment, l'automobile, la chaux et le ciment travaillent à 75% pour l'Allemagne, la peinture et le caoutchouc à 60%, le textile à 55%. L'extension du domaine conquis par l'Allemagne aboutit à une exploitation fondée sur l’utilisation des mains d’œuvres locales. Jusqu'en 1942, les volontaires occidentaux en quête d'un emploi, puis les prisonniers de guerres polonais suffissent. Mais les contraintes de la guerre à l'Est (l'URSS résiste, et les ouvriers allemands sont au front) suscitent la mise en place du STO (Service du Travail Obligatoire), qui écume toute l'Europe, et parvient, en 1943, au chiffre de 6 millions de travailleurs réquisitionnés pour venir travailler en Allemagne.


14_6.jpg - <p class="description">2H27 : Modèle de Carte de Service du Travail obligatoire, s.d.</p>

2H27 : Modèle de Carte de Service du Travail obligatoire, s.d.


 

 

 


Le STO à Rueil

 

C’est ainsi que tous les jeunes rueillois, nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922, doivent être recensés dans la mairie de Rueil-Malmaison avant le 28 février 1943. Pour le recensement de 1944, apparaissent alors sur les listes les jeunes nés en 1924, 1925, 1926, 1927 et 1928.


15_5.jpg - <p class="description">2H27 : Affiche  - arrêté Service du Travail obligatoire, 22 février 1943</p>

2H27 : Affiche - arrêté Service du Travail obligatoire, 22 février 1943


 

 

 


En premier lieu, il s'agit de lister tous les jeunes rueillois  « qui exercent ou ont exercé antérieurement la profession d’ouvrier spécialiste ou de manœuvre qualifié du bâtiment, de la Production des métaux et de la Transformation des métaux », qui seraient utiles à l'économie de guerre allemande. Dans ce sens, le gouvernement rend obligatoire le certificat de travail. Par professions : forgerons, mécaniciens, électriciens, réparateurs de machines agricoles, travailleurs du bâtiments, transporteurs et manutentionnaires, cordonniers, boulangers, bouchers, épiciers, commerçants divers, professions libérales. Dans une note de la Mairie de Rueil-Malmaison (avril 1943), on recense 29 ouvriers du bâtiment et 13 ouvriers de la métallurgie.


16a_1.jpg - <p class="description">2H27 : Note de la préfecture de Seine-et-Oise quant au modèle de déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés du bâtiment et de la production et de la transformation des métaux, 26 mars 1943</p>

2H27 : Note de la préfecture de Seine-et-Oise quant au modèle de déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés du bâtiment et de la production et de la transformation des métaux, 26 mars 1943

16b_1.jpg - <p class="description">2H27 : Note de la préfecture de Seine-et-Oise quant au modèle de déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés du bâtiment et de la production et de la transformation des métaux, 26 mars 1943</p>

2H27 : Note de la préfecture de Seine-et-Oise quant au modèle de déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés du bâtiment et de la production et de la transformation des métaux, 26 mars 1943


17_3.jpg - <p class="description">2H27 : Note de la Mairie de Rueil-Malmaison, déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés des bâtiments, de la production et de la transformation des métaux, 8 avril 1943</p>

2H27 : Note de la Mairie de Rueil-Malmaison, déclaration des anciens ouvriers spécialistes et manœuvres qualifiés des bâtiments, de la production et de la transformation des métaux, 8 avril 1943

18_2.jpg - <p class="description">2H26 : Courrier Atelier de construction et de réparation électromécanique ROBY, 29 rue Maurepas au Service recensement de la Mairie de Rueil-Malmaison indiquant la liste de son personnel né entre le 1er janvier 2924 et le 31 décembre 1928, 24 janvier 1944</p>

2H26 : Courrier Atelier de construction et de réparation électromécanique ROBY, 29 rue Maurepas au Service recensement de la Mairie de Rueil-Malmaison indiquant la liste de son personnel né entre le 1er janvier 2924 et le 31 décembre 1928, 24 janvier 1944


 

 

 


La mairie de Rueil-Malmaison dresse des listes pour le STO tous les mois, à partir du premier en date du 28 février 1943, qui fait état de 330 recensés. Ces recensements se basent sur l'état numérique des naissances à Rueil de 1893 à 1925 (soit 4281 naissances). Quelles sont les informations inscrites : Nom, prénom, date de naissance, nationalité, adresse, profession. Une colonne est particulièrement symptomatique : « l’intéressé travaille-t-il directement ou indirectement pour les autorités allemandes ». On note alors que les usines Bernard Moteurs, Wood-Milne, Renault, Partiot,  Bauchet, Usine à gaz, Atelier de constructions travaillent déjà pour l'occupant. Enfin, une colonne « observations » signifient les éventuels réformés, prisonniers libérés, travailleur du service public, étudiants,  pensionnés, malades.


19_1.jpg - <p class="description">2H27 : Correspondance de M. le Maire de Rueil-Malmaison à M. le Préfet de Seine et Oise, état numérique par année de naissances, des naissances à Rueil de 1893 à 1925, 16 mars 1943</p>

2H27 : Correspondance de M. le Maire de Rueil-Malmaison à M. le Préfet de Seine et Oise, état numérique par année de naissances, des naissances à Rueil de 1893 à 1925, 16 mars 1943


20a_1.jpg - <p class="description">2H27 : modèle d'un bulletin de recensement pour le STO, s.d.</p>

2H27 : modèle d'un bulletin de recensement pour le STO, s.d.

20b_1.jpg - <p class="description">2H27 : modèle d'un bulletin de recensement pour le STO, s.d.</p>

2H27 : modèle d'un bulletin de recensement pour le STO, s.d.


21_2.jpg - <p class="description">2H27 : Certificat de recensement pour le STO vierge, s.d.</p>

2H27 : Certificat de recensement pour le STO vierge, s.d.

22_2.jpg - <p class="description">2H27 : liste de recensement pour le STO, commune de Rueil-Malmaison, classe 1942, 28 février 1943</p>

2H27 : liste de recensement pour le STO, commune de Rueil-Malmaison, classe 1942, 28 février 1943


 

 

 


Des visites médicales sont organisées après  les inscriptions sur les listes municipales. Cette dernière rend compte de sa décision quant à l'état physique des jeunes Fort, Moyen, Faible ou Inapte.


23_2.jpg - <p class="description">2H27 : convocation devant la commission médicale pour le STO, vierge, s.d.</p>

2H27 : convocation devant la commission médicale pour le STO, vierge, s.d.


 

 

 


Selon les archives, on peut voir que sont dispensés :

-        Les agriculteurs (« personnes se livrant professionnellement et personnellement à des travaux agricoles, viticoles ou d’élevage, fermiers, ouvriers agricoles, etc. ») ;

-        Les forestiers, comprenant également les gardes eaux et les gardes des forêts ;

-        Les « spécialistes indispensables des entreprises de battage et de travaux agricoles » ;

-        Les artisans ruraux comme les maréchaux-ferrants, forgerons, réparateurs de machines-outils ou d’instruments agricoles, sabotiers… ;

-        Les ouvriers des sucreries et distilleries.

-        Les fonctionnaires

-        les membres des professions libérales

-        les étudiants (nous avons pu trouver comme exemples : de la faculté de droit, de l’école arts de manufacture)

-        les anciens combattants de 1914-1918 et les mutilés de guerre

-les ouvriers d’usines travaillant en France à des fabrications militaires allemandes


24_2.jpg - <p class="description">2H27 : Affiche « Travail en Allemagne - Avis », s.d.</p>

2H27 : Affiche « Travail en Allemagne - Avis », s.d.


 

 

 


La chasse aux réfractaires

 

Se met en place en France une certaine opposition à la réquisition de main-d’œuvre : certains jeunes se font exempter, d’autres se font engager par l’organisation Todt (qui construit les fortifications côtières comme le mur de l’Atlantique)  pour rester en France. D'autres décident de prendre le maquis afin d'y échapper.

 

Les réfractaires au STO subissent une véritable traque. L’inspection du travail, la police et gendarmerie française seront impliquées dans leur recherche. Les réfractaires, s’exposent, selon la loi à des amendes allant de 200 à 100 000 francs mais aussi à de l’emprisonnement pouvant aller de 3 mois à 5 ans. L’hostilité envers la STO se fera de plus en plus importante et marquera véritablement la rupture entre le régime de Vichy et la population française.

 

Pour Rueil, les archives attestent de ces chiffres quant aux non recensés pour les classes 1940, 1941 et 1942 (93).


 

Déjà en Allemagne

Organisation Todt

Camps de jeunesse

Prison

Quitté le domicile

Inconnus

Déménagés

Ne se sont pas présentés

Recherches en cours

Malades

Décédés

Inscrits par erreur

TOTAL

Classe 1940

15

6

 

1

 

19

22

4

7

1

2

5

82

Classe 1941

8

4

2

 

 

3

27

5

12

4

1

 

65

Classe 1942

40

7

2

2

8

1

21

7

5

 

 

 

93


25_1.jpg - <p class="description">2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1920 – classe 1940</p>

2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1920 – classe 1940

26_1.jpg - <p class="description">2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1921 – classe 1941</p>

2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1921 – classe 1941


27_1.jpg - <p class="description">2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1922 – classe 1942</p>

2H27 : liste des jeunes gens non recensés né en 1922 – classe 1942

28_1.jpg - <p class="description">2H27 : recensement des classes 1920, 1921 et 1922 pour le STO, 5 mars 1943</p>

2H27 : recensement des classes 1920, 1921 et 1922 pour le STO, 5 mars 1943


 

 

 


Enfin, une note du maire de Rueil-Malmaison fait état du nombre de jeunes rueillois ne s'étant pas fait recenser pour les classes 1932 à 1939 :

 

1932 : 15

1933 : 15

1934 : 19

1935 : 9

1936 : 12

1937 : 7

1938 : 11

1939 : 11

 

 


29_3.jpg - <p class="description">2H27 : Note du Maire de Rueil-Malmaison, état numérique des personnes ne s'étant pas fait recenser, de la classe 1932 à 1939, 8 avril 1943</p>

2H27 : Note du Maire de Rueil-Malmaison, état numérique des personnes ne s'étant pas fait recenser, de la classe 1932 à 1939, 8 avril 1943



CONCLUSION

L'Allemagne utilise une importante partie de la main d’œuvre française. Prisonniers de guerre, déportés au titre du STO à partir de 1942, travailleurs volontaires, ouvriers réquisitionnés en France même au service de l'organisation Todt  constituent un potentiel de main d’œuvre au service de l’Allemagne qui variera de 1600 000 personnes à la fin de 1941 à 2 600 000 durant l'été 1944. Les Mairies, même dans cette période d'occupation, continuent de recenser leurs habitants. De manière globale, on note une multiplication des formes d'identification en période de conflit. C'est d'ailleurs le régime de Vichy qui impose à tous l'obligation de détenir une carte d'identité qui s'accompagne de la création d'un fichier de référencement.

 

La Mairie recense ici ses jeunes gens, afin qu'ils soient réquisitionnés et transférés en Allemagne afin de participer à l'effort de guerre. Pétain instaure réellement un régime sous la coupole du Reich. Les jeunes français seront d’ailleurs les seuls travailleurs, en Europe, à avoir été requis par une loi de leur propre État. A Rueil-Malmaison, ces prisonniers requis reviennent dans leur commune de juin 1945 à l'été 1946. Plus de 350 rueillois partis pour le STO reviennent durant cette période. On note sur les cahiers recensant jour par jour les retours, la mention de plusieurs femmes – semble-t-il qui ont rejoint leurs maris prisonniers de guerre et/ou déportés du travail.

 

Les requis du STO ont fait parti jusque dans les années 1970 des « oubliés » de la Seconde Guerre mondiale, concurrencés sur le plan mémoriel par d'autres victimes de guerre, notamment les prisonniers de guerre français, les déportés politiques et les victimes de la Shoah. Les premiers travaux de recherche sur la réquisition pour le travail ne sont lancés au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) que dans les années 1970 et ne se développeront que dans les années 1990.


Pour aller plus loin

  • Jean Pierre AZEMA, Nouvelle histoire de la France Contemporaine, De Munich à la Libération 1938-1944
  • Serge BERSTEIN, Pierre MILZA, Histoire du Xxè siècle, tome 1 : 1900-1945, Hatier, 2010
  • Patrice Arnaud, Les STO. Histoire des Français requis en Allemagne nazie, Paris, CNRS Éditions, 2010, 592 p. Réédition, collection Biblis. Paris, 2014


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